Afin de tenter de comprendre l'origine, l'épanouissement et le développement du Rite, un bref rappel historique apparaît nécessaire, étant entendu qu'à l'heure actuelle, les historiens n'ont pas encore réussi à élucider en toute clarté sa genèse et les conditions de sa création. Malgré la multiplicité des documents historiques rassemblés et étudiés, tant par des initiés que par des profanes, des zones d'ombre demeurent.
C'est en 1737 qu'apparut en Angleterre le terme de « SCOTS MASTER ». Le Maître Écossais fut pratiqué en France au plus tard en 1743. La Loge écossaise Les Plus Parfaits fut créée à Bordeaux, en 1745, par Étienne MORIN.
Apparurent ensuite toute une série de degrés écossais, jusqu'à celui de « Chevalier de l'Orient et de l'Épée », relatif au second Temple, et qui fut vraisemblablement inspiré par le discours de RAMSAY de 1736.
Malgré l'apparition en 1761 du grade de Grand Inspecteur, Grand Élu, Chevalier Kadosch, pratiqué en Allemagne (mais dont les prémices sont françaises) et bientôt proscrit, ce fut la prééminence du degré de Souverain Prince de Rose-Croix, se référant au troisième Temple spirituel, qui fut alors reconnue.
Le 27 août 1761, la Grande Loge délivra à Étienne MORIN des « Lettres patentes » de
« Grand Inspecteur des Loges françaises d'Amérique ». Ce dernier diffusa également les
‹ Sublimes degrés » de la Maçonnerie, et les organisa en un « Rite de Perfection », régi par les Constitutions de 1762, dites de Bordeaux, et qui auraient été élaborées sous le patronage de Frédéric II, roi de Prusse.
L’idée d'organiser harmonieusement en un seul Rite les divers degrés procède de la notion d'0rdre qui fut à l'origine de ce qui allait devenir le Rite Écossais Ancien et Accepté.
La première version des Constitutions de 1762 se trouve dans le manuscrit FRANCKEN sous le titre de « Règlements et Constitutions faits par les neuf commissaires nommés par le Souverain Grand Consistoire des Sublimes Chevaliers, Princes du Royal Secret et Princes de la Maçonnerie du 20 septembre 1762 au Grand Orient de Bordeaux »’
Le comte de GRASSE-TILLY (1765-1845), officier d'infanterie et colon à Saint-Domingue, ainsi que son beau-père, le notaire DELAHOGUE, furent intronisés, e 1796, « Députés Grands Inspecteurs Généraux » du Rite de Perfection. En janvier 1797, ils créèrent un Grand et Sublime Consistoire du 25‘degré du Rite de Perfection à Charleston (Caroline du Sud).
Il faut noter que, dans le contexte de l'indépendance des États- Unis, de la Révolution française et de la révolte victorieuse des esclaves de Saint-Domingue, Charleston, centre économique très prospère de la Caroline du Sud, devint 1 refuge naturel de la majorité des coloris fuyant l'insurrection régnant dans les Îles françaises d'Amérique.
Et c'est à Charleston que, se fondant sur les Grandes Constitutions du 33° degré dites de Berlin, datées du 1er mai 1786, et attribuées, elles aussi, à Frédéric II, roi de Puisse, le colonel MITCHELL, héros de la guerre américaine d'Indépendance, créa, le 31 mai 1801, avec, entre autres, GRASSE-TILLY et DELAHOGUE, le « Suprême Conseil du 33° degré pour les États-Unis d'Amérique », qui comprenait alors neuf membres appartenant à trois religions différentes.
C'est par une simple circulaire, datée du 4 décembre 1802, que fut portée à la connaissance du monde maçonnique la création, en 1801, de ce « Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33° et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté ». Le Frère MITCHELL en était le Grand Commandeur et le Frère DALCHO le Lieutenant Grand Commandeur.
Sept degrés furent adjoints aux 25 degrés du Rite de Perfection, tous d'origine française, pour constituer le Rite Écossais Ancien et Accepté. C'est ainsi que l'organisation définitive du Rite a vu le jour sous influence française en Amérique. D'après le discours prononcé par le Frère DALCHO, le 8 décembre 1802, « le 33° degré aurait été créé par le Roi de Prusse Frédéric II, en vertu des Grandes Constitutions de 1762, révisées par les Grandes Constitutions de 1786 ». Selon ces Grandes Constitutions de 1786, ce 33° degré est devenu l'ultime degré et confère, aux Maçons qui en sont légitimement revêtus, le titre, les privilèges et l'autorité de Souverain Grand Inspecteur Général (article II, § 6).
De retour à Saint-Dominique, il crée, en 1802, le « Suprême Conseil pour les Îles Françaises de l'Amérique du vent et sous le vent » qui s'exila en France en 1804.
Revenu à Paris, il crée, en 1804, le « Suprême Conseil du 33° degré en France », en application des articles 2 et 3 des Grandes Constitutions de 1786. Ce Suprême Conseil absorbe, en 1821, le « Suprême Conseil pour les Îles Françaises de l'Amérique du vent et sous le vent » et devient ainsi le deuxième Suprême Conseil du monde. Il est aujourd'hui légitimement la seule autorité rectrice du Rite Écossais Ancien et Accepté en France.
Un rite maçonnique n'a de valeur que par l'esprit qui l'anime et par l'ésotérisme qui y est inclus. La voie spirituelle écossaise est l'essence même du Rite Écossais Ancien et Accepté qui a perduré grâce à la prééminence de sa filiation initiatique.
DEUS MEUMQUE JUS